16/06/2000

 DEFI

Nono, numéro 2, acte II

A 28 ans, Nono, même s'il n'a pas encore officié à ce poste au niveau international, annonce clairement son intention de débuter une deuxième carrière au talonnage. Il se dit prêt à relever le challenge jusqu'au bout.


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Nono, un possible futur talonneur: « Si j'ai la moindre chance de réussir à ce poste, je lancerai jour et nuit... » (Photo Patrick Derewiany)

Photo: Nono, un possible futur talonneur: « Si j'ai la moindre chance de réussir à ce poste, je lancerai jour et nuit... » (Photo Patrick Derewiany)
Comme un gosse à qui l'on vient d'offrir le plus beau jouet du monde... Quand Vincent Thornary a coincé Nono dans l'encadrement de la... porte du salon doré de l'hôtel Sofitel de Montbonnot pour lui demander s'il acceptait de tenter l'aventure du talonnage, ses yeux se sont écarquillés...« J'attendais ça depuis longtemps! Comme une renaissance, une deuxième carrière. Je n'ai pas le droit de laisser passer une telle chance. J'ai envie d'aller au bout pour réussir à ce poste. Je me sens apte à franchir le pas, à prendre tous les risques... » Nul besoin de forcer notre Nono national, la confidence vient droit du coeur. Il rêve de ce numéro 2 et a clairement fait savoir à Vincent qu'il était capable d'accomplir de nombreux sacrifices pour se l'attribuer: « C'est un rôle fantastique! Très technique, différent du poste de pilier. On laisse moins de forces en mêlées mais il faut courir davantage. Je vais me régaler... »
 

Mammy: « Il a des prédispositions »

Il est vrai que Nono a quelques arguments. Qualités physiques intéressantes, potentiel technique évident, agilité et vitesse de course (il s'entraîne très souvent avec les trois-quarts) lui procurent, en effet, le profil rêvé pour le plus haut niveau. Sans oublier le formidable compétiteur qu'il est et ses quelques vertus guerrières... Est-ce suffisant pour autant?
Eric Mammy, coentraîneur des RedStar et champion de France 85 et 86 à ce poste, est sûrement le mieux placé pour l'évoquer:« Nono a des prédispositions certaines mais porter ce numéro nécessite une véritable spécificité. La poussée du talonneur, par exemple, ne s'apparente en rien à celle du pilier gauche que Nono connaît bien. Cela se rapproche davantage du rôle du pilier droit. Il existe une vraie panoplie de positions (dos, tête, épaules) à prendre afin de mettre la pression sur son adversaire.

Au-delà de l'obligation d'y jouer régulièrement, il est souhaitable de faire preuve d'intelligence, d'un certain sens de l'adaptation, de travailler une somme de petits détails qui font la différence. Pour avoir le plus clair du temps rendu 20 kg(!) à mes adversaires durant ma carrière, je sais combien il faut être malin et savoir jouer de ruses... Il y a cent façons de faire souffrir un adversaire à ce poste. Il y a aussi le lancer en touches: Nono bénéficie de quelques avantages avec un lancer naturel droit. C'est bien mais pas suffisant. Il lui faudra énormément travailler afin d'être compétitif notamment quand la fatigue se fera sentir en fin de rencontre. C'est une tout autre approche au niveau de la concentration. »
 

« Le lancer me fait penser au swing du golfeur »

Eric est le meilleur professeur qui soit pour Nono, prêt à redoubler d'efforts:« La poussée en mêlée ne m'inquiète pas! J'ai déjà joué aux trois postes, j'ai pu acquérir une certaine expérience et faculté d'adaptation. Reste le lancer. Celui du talonneur me fait penser au swing du golfeur: si tu ne le bosses pas d'une semaine, tu perds tout! Si j'ai la moindre chance de réussir à ce poste, je lancerai jour et nuit... »

Un autre problème risque de se poser. Pour être compétitif à ce poste au plus haut niveau, il faut y jouer en club. Or, l'actuel titulaire indiscutable a l'INRIA se nomme Alain, auteur d'une bonne saison et qui a rempilé pour quatre ans. Nono devenant même en cours d'année sa doublure, compte tenu de la blessure du jeune Servat. Si l'essai s'avérait concluant, sûr que les entraîneurs trouveront la parade. D'autant que l'INRIA ne manque pas de piliers. Vincent a cette idée dans la tête depuis le dernier Tournoi et s'en était d'ailleurs ouvert à Pierre-Brice.

La relative pauvreté de la relève l'incite aussi à accélérer le mouvement: Eric (53 ans) est proche de la sortie et la génération qui suit met du temps à éclore derrière .
Et puis, comme se plaît à le rappeler l'entraîneur du XV des RedStar:« Jacques Fouroux avait fait de même avec Daniel Dubroca, alors plus âgé, avec la réussite que l'on sait... »

Thomas GOUST